Ellen Foster
Kaye Gibbons
Rivages, 1988.
172 p.



"Il y-a des jours avec et des jours sans", voilà ce que pense la petite Ellen Foster, très humblement. Sauf que cette petite fille de onze ans, encore bien fragile dans ce monde d'adultes, indifférent ou tyrannique, affronte dignement la mort (suicide?) de sa tendre mère, soumise aux vilénies de son mari alcoolique et sans coeur. Nourissant une haine féroce envers ce père, Ellen n'a pas peur de cette brute assassine, puisque finalement il s'esclaffe en voyant sa femme ingurgiter plusieurs boîtes de médicaments. Elle souhaite avec force sa mort qui ne saurait être qu'un soulagement.
Nous ne sommes pas au coeur d'un conte de fées, mais le souhait se réalise comme par enchantement. On pourrait croire en l'aboutissement des misères d'Ellen qui endure, avec toute la sagesse du monde, tous ses malheurs. Seulement voilà, sa grand-mère maternelle ne la voit pas d'un bon oeil. Elle prend en charge Ellen l'orpheline non par amour, mais par vengeance, parce qu'elle y reconnaît le regard du père/mari indigne qui a poussé sa douce fille dans la tombe. Encore une fois madame la Mort vient s'emparer de la marâtre. Ballotée de bras en bras, ellen décide de se rendre chez sa nouvelle maman. Elle habite au bout de la ville dans une maison attrayante où elle héberge les mal-heureux.
Enfin le paradis terrestre accordé ! Par la voix d'Ellen, elle critique acerbement l'hypocrisie ambiante, le racisme ( nous sommes dans un état du sud des Etats-Unis, et Ellen la petite blanche fréquente sans complexe une petite noire. Ce qui dérange indubitablement les consciences), exalte la force de l'âme, la pureté et la franchise de l'enfant. Les mots de Kaye Gibbons sont certes très crûs, mais la réalité ne l'est-elle pas autant? Ellen affronte avec bravoure et intelligence un monde cruel et corrompu. Cela dit, K. Gibbons laisse tomber le rideau sur le bonheur durement acquis de la petite "Sans famille".
Note d'espoir et de confiance peut-on croire...
A.P.