Rosie carpe
Marie Ndiaye
Editions de Minuit
359 p.



Difficile de quitter ce livre ; une fois refermé, il continue à vous habiter. Le lecteur ne peut en sortir indemne.
Ce roman est surtout une galerie de portraits, de personnages hors du commun.
Rosie Carpe est le personnage de la passivité, de la médiocrité. Elle subit sa vie plus qu’elle ne la vit. Elle subit son milieu modeste, ses parents, ses études qu’elle rate, le gérant de l’hôtel dans lequel elle travaille, les fantasmes de ce dernier, son enfant qu’elle ne désire pas…
Seul point positif de ce personnage, son frère Lazarre à qui elle voue un amour inconditionnel alors que le personnage est loin d’être glorieux.
Un autre personnage est d’un dévouement exceptionnel envers Lazarre, il s’agit de Lagrand qui tombera amoureux de Rosie. Ce guadeloupéen prend le relais de tout ce que Lazarre est incapable d’assumer.
Les parents Carpe n’échappent pas à l’étrangeté familiale ; le père a des relations avec une simplette mineure, la mère vit une seconde jeunesse et une troisième maternité avec le père de la simplette.
Le seul personnage attachant est Titi, le fils de Rosie qui traîne les tares familiales et qui n’a aucun goût pour la vie, comme s’il était le seul à avoir perçu dans quelle misère cette faune humaine errait !
La couleur jaune n’est plus la couleur rayonnante du soleil mais revient sans cesse dans le roman sous sa forme "pisseuse" : la robe, le pavillon, la magnolia, le chien… tout est jaune !
Ce roman est poisseux, il colle au lecteur. Il n’y a pas de place pour le bonheur et la gaieté. La Guadeloupe n’est pas le paradis décrit par les agences de voyage, mais une végétation luxuriante, des bicoques infestées de rats, des détrousseurs de touristes…
Christelle Divry